lundi 18 décembre 2017

ROME… l’éternelle


ROME… l’éternelle  
 1


 Le sang afflue à ma main
Posée sur mon cœur;
Des images fugitives remontent à la lumière ;
« Vivre » suffirait désormais à m’occuper
Et assister à des spectacles manqués…
Avant que le vent d’oubli ne souffle.
Le soleil perce lentement le brouillard des songes,
Et l’haleine de la terre est chaude sur ma figure.
2

 Je  n’oublierai jamais
Sa tête posée sur mon épaule,
Dans ce bref intervalle d’un soir,
Elle y  demeure toujours…
 3


Rome,
Avec la majesté de ton nom,
Étendue sur tes sept collines;
Univers de pierres et glorieux chaos de ruines
D’où émergent des palais,
De tragiques églises,
Lieux de mystère et de vertige.
Et de coupoles irisées,
Des colonnes fières et muettes,
Et des statues aux bras
De ruines désespérées…
Montrant le ciel.
 4



Rome,
Avec tes monuments, tes souvenirs,
Ton passé, tes légendes,
Tes caveaux… et tes fêtes fleuries;
Avec tes martyrs, tes tombes et soupirs…
Tes morceaux de Saints
Et de morts miraculeux.
Et ton ciel plein d’images pieuses…
Où les hommes et les dieux,
Terrassés, tombent à genoux…
 5

 Tes jardins luxueux où l’ange du Seigneur
Descend dans les cœurs,
Où des grands rosiers blancs
Jettent la neige de ses fleurs…
Comme le soleil marque l’ombre des cils
Sur le visage d’une  femme…
 6


 De ce masque tragique coulait un mince filet d’eau,
Éclairé par le jour mourant.
Avance ta main; 
Bouche de la vérité, toujours la vérité…
Tu mords sans faire du mal…
Elle te révèle ton âme
Comme une  volonté hautaine d’arrêter le temps !
 7


 Des morceaux de torse enfoncés dans la terre,
Dans des gravats sculptés,
Et des bustes sublimes au regard de pierre…
Dans le vaste silence pieux
De la solitude et de l’oubli,
Qui résonne comme un serment,
Où l’on n’entend plus que le bruit
De la faux invisible du temps…
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 Où le ciseau de l’artiste
A dépassé le génie de l’homme,
Devant ces effigies de Dieux… et de Déesses sacrées,
Comme par le baiser d’amour des siècles, polies et caressées,
Et de gouttes de larmes qui ne mouillent pas…
 9


 Tes palais, noirs de vieillesse qui, de leur splendeur délabrée,
N’ont gardé qu’un vol d’oiseau soutenant toujours en l’air un balcon disparu, au-dessous du voltigement des lessives pendues…
10


Un souffle les gonfle comme un voile somnolent.
Accompagnant des âmes voguant à l’horizon…
 11


 Figures tragiques, êtres de cendre et de poussière,
Dont le corps se fond en rêves, ou est-ce… douce volupté?
Solennité immobile et muette,
Et grandeur de mort dans un repos pétrifié.
 12


 Des colonnes isolées qui ne s’appuient plus qu’au ciel
Surgissent des pointes d’épées
Noires sur le ciel…
Où se tient l’ange resplendissant aux ailes déployées…


De ponts victorieux au milieu des dieux…
De tes arcs de triomphe enterrés et des fosses encombrées.
 13


 Ville magique, ville éternelle,
Dans sa grandeur perdue
Et à chaque fois retrouvée,
Quand tombe un tintement de cloche.
À peine bavarde…
Sous un ciel de plomb éteint, jaune et blafard.
 14


 Où les femmes sont si belles,
Amoureuses ou rebelles,
Où l’homme galant
Parle aux nuages
Pour atteindre leurs rouages ;
Où les statues lui succombent
Dans ses bras ouverts comme une tombe.
N’oublie pas la beauté qu’ils t’ont donnée,
Les dieux dans leur magnificence,
Et le bonheur qu’ils t’ont légué…
 15


 Les statues te regardent passer de toute leur chaire nue,
Dieux et déesses en marbre, et des centaures galopent,
Emportant sur leurs reins fumants de belles filles pâmées…
Parmi ce triomphe de la chair,
Cette nudité étalée, glorifiée,
Qui clame la toute-puissance de la nature, l’éternelle matière. Impérissable !
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 À la nuit tombée
Tu montres tes fantômes,
Tu feints de savoir où sied ton génie,
À tromper tous les vivants,
À rappeler les morts
Au clair de lune
Dans ta superbe supercherie.
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 Quand se lèvent les prières
Aux mots brûlés à rêver sur le divin,
Lentement se réveille la volupté animale,
Où tu souffres des branches de rosiers
Dont les épines ensanglantent ton linge…
Terrain mystique de songes impossibles,
Ô Ville éternelle, cœur en larmes;
Au bout circule un filet de sang
Montrant le chemin au martyr, la seule issue !
 18


Rome qui s’enfonce dans ses tombeaux.
Tragique décor de ruines et de sépultures…
Propices à la contemplation et à la rêverie. Chaque siècle en avait renouvelé la gloire, comme sous la sève d’une immortelle jeunesse ;
Il régnait là une ombre, un silence, d’une grandeur morte et d’une infinie tristesse…
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 Des fontaines coulent un nectar,
Nourrissant les angelots,
Murmurant des prières,
Tantôt joyeux, tantôt en sanglots…
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 Des façades se penchent tes héros.
Eux seuls meurent debout…
Sous ton œil émerveillé.
Tes places impérieuses
Évoquent la nostalgie…
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 De ponts victorieux au milieu des dieux…
De tes arcs de triomphe enterrés et des fosses encombrées
 22


 La Porte de la Mort au marbre noir,
Aux tibias envolés d’un squelette doré,
Masque aveugle à l’image du trépas,
Dressant en l’air,
Avec le bout de ses phalanges d’os,
Le sablier du Temps éternel…
Cette terre où les martyrs dormaient de leur doux sommeil,
En attendant le réveil glorieux…

 23
 Blanche est ta lumière douloureuse,
Où les fleurs exhalent leurs parfums dans un adieu odorant,
Où la colère de l’homme et du ciel et l’eau se mêlent au noir de la flamme
 Se rejoignant dans un incendie et un déluge, le ciel implorant!
 24


 Telle une  déesse à l’ombre d’un cyprée,
Ta silhouette se dessine et se perd dans l’immobilité
Dans ce désert de pierres nées et jetées là pour toujours ;
Lieu cruel où se rencontre la passion du cœur humain,
La passion de voir mourir… et la folie de mourir…
 25


 Des anges équivoques, beaux comme des belles filles.
Des femmes désirables avec des hanches et des gorges de déesses ;
Propices à la contemplation et à la rêverie.
Chaque siècle en avait renouvelé la gloire,
Comme sous la sève d’une immortelle jeunesse…
 26


 Tu tiens dans la main un cœur haletant
D’où naissent tes héros que la louve a sevrés.
Sur leur colonne majestueuse
Immobile dans le temps…
Hymne poignant à la grandeur du passé
Qui nourrit nos âmes et éclaire les profanes.
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  Des siècles de lumières
Ressuscitent dans tes bras,
Une rêverie qu’emprunte
Ses teintes romantiques…
À une vision de joie.
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 Ville du sacré et des cérémonies,
Couronnée de statues nues
Qui se pâment sous ton ciel
Dans tes jardins mystérieux
Aux ombrages parfumés
Et palais orgueilleux.
31


 Sous le charme des jardins
D’où jaillissent
Des silhouettes tourmentées,
Où chuchotent des rois, prisonniers
Dans cet océan de verdure,
Au milieu des acanthes,
De faune et bacchantes,
Où le cœur en bronze
Est une torche vivante.
Dans ce sublime décor  de l’obscurité
Sous la clarté des étoiles… 
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34 


Au coucher du soleil la ville s’embrase,
Cet ange, en douceur  sur ta gloire se penche.
Il défend tes vestiges, apaise les douleurs,
Épris de la poésie de tes ruines crépusculaires.
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 À Rome repose
Un songe transfiguré
Où les prières se mêlent
Aux éclats dorés…
Des trésors
Qui lui sont dus
Pour l’éternité.

 36
 Les semences jetées de roses sauvages
Et de citronniers d’or au parfum pénétrant ;
Et d’arbres majestueux qui s’arrachent de la terre
Comme un nœud de chimères et de beaux serpents…
Au milieu des colonnes tragiques et immortelles…
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Blanche est ta lumière douloureuse,
Effervescent ton baroque,
Et majestueux le scintillement de tes fontaines.
Où les femmes sont si belles,
Amoureuses ou rebelles,
Où l’homme galant
Parle aux nuages
Pour atteindre leurs rouages :
Que les statues lui succombent
Dans ses bras ouverts comme une tombe.

N’oublie pas la beauté qu’ils t’ont donnée,
Les dieux dans leur magnificence,
Et le bonheur qu’ils ont légué !


OvL 2012